Vox populi Chants «qawwali» du Pakistan Petite musique mystique Ousâma repart en croisade

Posted on May 20, 2011 in News & Events | 0 comments

Vox populi Chants «qawwali» du Pakistan Petite musique mystique Ousâma repart en croisade

FLAMENT,XAVIER

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Mercredi 5 décembre 2001

Vox populi Chants «qawwali» du Pakistan Petite musique mystique

Le Conservatoire de Bruxelles s’ouvre, vendredi, aux chants du Pakistan d’origine soufie, et l’espace Senghor accueille, en janvier, la poésie syrienne d’un prince nommé Ousâma.

XAVIER FLAMENT

En invitant, ce vendredi, l’ensemble pakistanais du chanteur Bahauddin Qawwal, la Philharmonique et Paleis VZW s’offrent un point de vue original sur l’actualité internationale. De quoi dynamiter les préjugés que le Pakistan a lui-même alimentés en inoculant à sa politique étrangère le bacille du fondamentalisme islamique.

N’en parlez pas aux Ouzbeks, aux Tadjiks, aux Kazaks ni même aux Chinois! Ils craignent comme la peste ces graines de mollahs endoctrinés dans les écoles coraniques d’Islamabad. Et on sait ce que les talibans font de la musique et de son insupportable aptitude à se passer d’eux pour convier ses auditeurs à l’expérience mystique…

L’invitation à la transe

Autrefois, elle a pourtant servi d’outil providentiel au prosélytisme musulman sans qu’il fût besoin d’user de la force, de brandir l’étendard douteux de la pureté idéologique. Le chant qawwali fut utilisé à cette fin par les confréries soufies qui se structurent au XIIe siècle et commencent à essaimer leur mystique islamique du renoncement.

Ses vers se déclinent toujours en plusieurs langues à la fois, témoins de la diversité des cultures polythéistes qu’ils étaient censés fédérer autour des paroles du Prophète – un message d’unicité et d’amour, non dénué de l’idée de plaisir.

Cette invitation à la transe continue de faire un pied de nez aux fondamentalistes qui piétineraient à l’intérieur même du Pakistan, au grand dam des partis religieux Jamaat-i-Islami et Jamiatul Ulema Islam.

Son pouvoir de fascination a depuis longtemps franchi les frontières et s’est même acclimaté au rock et à la techno sous l’impulsion de feu son plus célèbre chantre: Nusrat Fateh Ali Khan. Celui qu’on avait surnommé le «Pavarotti pakistanais» s’était associé à Peter Gabriel pour la bande originale de «La dernière tentation du Christ», de Scorsese. Il avait également surajouté son rythme frénétique à une scène de viol dans «Tueurs-nés», d’Oliver Stone. Et ses musiques avaient trouvé leur chemin dans les films«loukoums» des studios indiens de Bollywood…

Stade ultime: l’extase

C’est à un autre qawwali que Bahauddin Qawwal nous convie, vendredi. Lui cherche au contraire à retrouver l’essence de la tradition soufie, à sentir vibrer sa synthèse d’éléments poético-philosophiques d’Iran et d’Asie centrale, et de motifs musicaux du nord de l’Inde, comme pour rappeler que le Pendjab, qui en est le creuset, et la plus grande région du Pakistan, se trouve à la croisée de l’Inde à l’est, des pays arabes à l’ouest et du centre asiatique au nord.

Ce qawwali débute traditionnellement par un prélude à l’harmonium, instrument importé par les missionnaires portugais au XVII e siècle, puis se poursuit par un sonnet. Ce n’est qu’après cette intervention soliste que démarre le poème proprement dit. Les chanteurs, ici au nombre de six, cherchent en permanence l’empathie avec l’auditeur et s’engagent dans un corps à corps avec lui qui peut durer des heures, jusqu’au stade ultime: le hâl , l’extase mystique.

La musique a réussi son oeuvre de subversion et obtenu le ciel non par la force et l’obscurantisme, mais par la simple beauté du verbe, la frénésie rythmique des percussions et la conviction des claquements de mains.

Cycle Vox populi «Bahauddin Qutbuddin Qawwal & Party»: vendredi 7 décembre, à 20 heures, au Conservatoire de Bruxelles. 02-507.82.00.

Ousâma repart en croisade

Qui, du côté des Arabes, aurait pu se douter qu’une horde d’Occidentaux fanatisés déferlerait sur leur brillante civilisation? Au XIe siècle, ils étaient à leur apogée, lançant à l’assaut du ciel leurs minarets raffinés et du monde, leurs commerçants, leurs savants, leurs artistes.

C’est sur ce thème, «Les croisades sous le regard de l’Orient», dont on goûte sans mal la subtile ironie, que l’excellent ensemble Al-Kindî a basé sa tournée internationale.

Le 21 janvier, il s’arrêtera à l’espace Senghor, prêt à répandre le charme étrange de la poésie d’Ousâma Ibn Al-Mounqidh, Ibn Al-Qaysarani, tous deux Syriens, et Abou Al-Mouzaffar Al-Abiouardi, de Bagdad.

Une Franque dont le parfum est

[enivrant m’a séduit

Son corps ressemble à une branche

[tendre,

Son diadème brille comme une lune

Et si ses yeux sont bleus,

Ma lance mortelle l’est aussi.

Julien Jalâl Eddine Weiss, créateur et directeur artistique d’Al-Kindî, s’est servi de toute sa connaissance du répertoire traditionnel arabe pour mettre en musique ces vers aux relents crépusculaires. Le chanteur Omar Sarmini interprète plusieurs suites vocales, entrecoupées de passages improvisés censés ins- taller l’état psychique qui correspond à un mâqâm particulier (gamme). C’est sur ce prélude que surgit la poésie qui semble retrouver d’emblée l’idéal musical de l’âge d’or, tel qu’il se chantait avant les croisades.

Une interprétation remarquable, déjà coulée dans un double album paru au Chant du monde (Harmonia Mundi) et agrémentée d’articles de fond, réunis dans un beau livret illustré.

X. F.

«Les croisades sous le regard de l’Orient»: au concert à l’espace Senghor, à Bruxelles, le 21 janvier, à 20 h 30 (02-230.31.40), et à l’Institut du monde arabe, à Paris, les 23, 24, 25 et 26 janvier (0033-1.40.51.38.38).

Double CD Chant du monde/Harmonia Mundi.

 

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